Écarter les politiciens professionnels
Une arme à double tranchant
Une liste électorale attire immanquablement des personnes de tous bords, avec des intentions plus ou moins altruistes. Même sincère, un politicien raisonne en termes de pousser la liste, de monter au pouvoir, de combat électoral. Elle ou il a assimilé les codes de la politique dont on voudrait justement se défaire. Le risque est grand de recréer un parti semblable aux partis traditionnels.
Avoir en son sein un ou plusieurs politiciens aguerris peut sembler être un atout pour augmenter votre visibilité et espérer un plus grand nombre de voix. Mais vous perdrez en spontanéité, ce qui peut avoir l’effet inverse à celui escompté. De plus, en raison de leur relative notoriété et sans doute de leurs habitudes, ces personnes développeront naturellement une zone d’influence néfaste.
Radicalité, rotation et tirage au sort
Kayoux voulait dès le départ éviter cela en écartant les politiciens de carrière. Une liste citoyenne doit se composer de citoyens ordinaires. Ceci étant dit, les politiciens ont beau jeu de rappeler qu’ils sont eux aussi des citoyens pour proclamer que leur liste est citoyenne. Bien essayé. Par liste citoyenne, on entend une liste composée de citoyens qui ne sont pas politiciens de carrière.
Pour éviter une professionnalisation, il est important de mettre en place des mécanismes qui écartent naturellement les carriéristes. Par exemple, l’interdiction stricte de cumul de mandats, et la limitation à l’exercice d’un seul mandat. Cela élimine les écueils liés au besoin d’être réélu très présent chez les politiciens.
Kayoux a pris une approche encore plus radicale, en limitant le mandat de conseiller communal à deux ans (sur une législature de six ans). Ceci dans le but de favoriser au maximum la rotation des personnes et d’augmenter l’inclusivité, une durée plus courte étant plus abordable pour un plus grand nombre de personnes. Cela a eu un effet encore plus dissuasif sur les éventuels candidats motivés par les feux des projecteurs. Pensez-y si votre liste vise une fonction à temps plein : les candidats intéressés par un mandat confortable qui fait office de plan de carrière seront rebutés par une rotation rapide.
Il a été rétorqué à cela qu’une rotation trop rapide empêche le porte-parole de s’installer dans son rôle et que, à peine familiarisé avec les mécanismes politiques, il est déjà temps qu’il cède sa place. C’est exactement ce qui est recherché : la politique doit être l’affaire de citoyens ordinaires, et non pas de personnes rodées aux usages et aux coutumes du monde politique.
L’engagement à limiter le mandat à deux ans est une indication claire que le collectif Kayoux ne voulait pas faire de la politique traditionnelle. Cette limitation est une caractéristique unique qui démarque le collectif des autres partis. Elle a très certainement joué en sa faveur auprès des citoyens.
Cette durée qui apparaissait fort courte au collectif lui-même est en réalité une bénédiction, car la participation au conseil communal s’est avérée être un effort important pour les porte-parole.
Le tirage au sort de l’ordre des candidats sur la liste a aussi un effet dissuasif pour les politiciens professionnels. Sauf coup de chance, la place en tête de liste très prisée au sein des partis traditionnels ne dépend plus ici de la popularité ou de l’influence de qui que ce soit.
Voir aussi : Constituer une liste - Election sans candidat
Ca fonctionne sans politiciens
Suite à une scission du groupe original dont Kayoux est issu, deux listes citoyennes se sont présentées, l’une étant Kayoux, l’autre ayant à sa tête un politicien.
L’absence d’expérience et de “crédit” électoral n’ont pas joué en défaveur de Kayoux, et la présence d’un politicien n’a pas entrainé le succès de l’autre liste.
- Interdisez le cumul des mandats.
- Limitez l’exercice d’un mandat pour favoriser la rotation.
- Tirez au sort l’ordre des candidats sur la liste.